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Madagascar autrement : voyager avec le regard de deux photographes documentaires, Thomas Cytrynowicz et Émilie Tricot

Photographes documentaires, réalisateurs et fondateurs de Karai, Thomas Cytrynowicz et Émilie Tricot parcourent le monde pour raconter, en images, les liens qui unissent les communautés humaines à leur environnement. Leur travail les conduit auprès des nomades de Mongolie, des pêcheurs vezo de Madagascar ou encore des villages isolés du Spiti, dans l'Himalaya indien.

Du 19 octobre au 6 novembre 2026, ils accompagneront une première exploration photographique imaginée avec Continents Insolites. Pendant quinze jours, un petit groupe de voyageurs découvrira Madagascar à travers leur regard, au fil d'un itinéraire construit autour des rencontres, de l'observation et du temps long.

Nous avons voulu comprendre ce qui, selon eux, transforme un voyage en une expérience dont on se souvient longtemps après le retour.

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Madagascar autrement : voyager avec le regard de deux photographes documentaires, Thomas Cytrynowicz et Émilie Tricot
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« Observer est devenu une marque de respect. »

Avant de réaliser un documentaire ou de sortir leur appareil photo, Thomas et Émilie commencent toujours par observer. Comprendre le rythme d'un lieu, écouter, créer une relation avant de photographier. Une approche qui fait écho à la manière dont Continents Insolites imagine ses voyages : prendre le temps d'un territoire avant de chercher à le raconter.

Vous passez une grande partie de votre vie à observer le monde. Selon vous, apprend-on à regarder ou est-ce une manière d'être ?

Émilie : Je crois que l'on apprend à regarder. Avec le temps, c'est même devenu une marque de respect. Lorsque nous arrivons dans une communauté, nous évitons de sortir immédiatement l'appareil photo. Nous préférons prendre le temps d'échanger, de comprendre où nous sommes et avec qui nous allons partager un moment. Les images viennent ensuite. Elles sont la conséquence d'une relation, jamais son point de départ.

Thomas : Nous arrivons tous quelque part avec notre propre culture, nos habitudes et nos références. Le premier réflexe est souvent d'interpréter ce que l'on voit avec notre regard. Observer, c'est accepter de suspendre ce jugement. C'est prendre le temps de comprendre avant de raconter.

Qu'est-ce qui fait, selon vous, qu'une photographie est réussie ? Est-ce une question d'esthétique ou de rencontre ?

Thomas : Une photographie peut être très belle d'un point de vue esthétique sans raconter grand-chose. Ce qui me touche, c'est une image qui porte une histoire. Elle raconte évidemment quelque chose de la personne photographiée, mais aussi de la relation qui s'est créée entre elle et le photographe. Une photo garde la trace d'un moment partagé.

Je pense notamment à une photographie réalisée au Ghana, lors d'un rituel funéraire. Un homme dansait avec une intensité rare, presque en transe. Ce qui rend cette image forte, ce n'est pas seulement la beauté du geste ou de la lumière. C'est tout ce qu'elle raconte de ce moment, de l'énergie qui traversait cet homme et de ce que j'ai ressenti en étant là. Quand je regarde cette photographie aujourd'hui, je me souviens d'abord de cette rencontre.

Madagascar autrement : voyager avec le regard de deux photographes documentaires, Thomas Cytrynowicz et Émilie Tricot

« Les voyageurs deviennent les amis de nos amis. »

Les plus beaux voyages ne naissent pas seulement des paysages. Ils prennent une autre dimension grâce aux femmes et aux hommes qui les rendent possibles. Année après année, Thomas et Émilie reviennent auprès des mêmes communautés. Cette fidélité change profondément la manière de découvrir un territoire. Elle transforme aussi le regard porté sur des lieux parfois très connus.

Vous retournez régulièrement auprès des mêmes communautés. Qu'est-ce que cela change dans la manière de voyager ?

Émilie : Tout change. Quand nous revenons, nous ne sommes plus des inconnus. Les personnes que nous retrouvons connaissent notre démarche et nous accueillent différemment. Et lorsque nous accompagnons un groupe, les voyageurs ne sont pas perçus comme des touristes de passage. Ils deviennent les amis de nos amis. Cela change immédiatement la qualité des échanges.

Cette confiance ouvre-t-elle des portes qui resteraient autrement fermées ?

Émilie : Oui, et c'est ce qui rend chaque voyage unique. À Madagascar, par exemple, nous retrouvons Lydia et Clément, que nous avons rencontrés il y a plusieurs années. Grâce à eux, les voyageurs découvrent bien plus qu'un village. Ils partagent un repas, suivent le retour des troupeaux, observent le quotidien sans avoir le sentiment d'être de simples visiteurs. Ce sont des moments dont on se souvient longtemps.

On a souvent l'impression qu'un voyage se résume aux lieux que l'on visite. Est-ce finalement les personnes qui donnent leur véritable dimension aux paysages ?

Thomas : J'en suis convaincu. Je pense notamment à Monsieur R., à Fianarantsoa. Il s'est battu pendant des années pour préserver le patrimoine de la vieille ville et obtenir son inscription au patrimoine mondial de l'UNESCO. On peut admirer Fianarantsoa pour son architecture. Mais lorsqu'il vous raconte son histoire, les défis qu'il a relevés et son attachement à cette ville, on ne la regarde plus de la même façon. Le lieu reste le même, mais il prend une profondeur complètement différente.

Beaucoup de voyageurs rêvent de lieux secrets. Selon vous, est-ce vraiment ce qui rend un voyage mémorable ?

Thomas : Pas forcément. Nous cherchons moins des lieux inconnus que des façons différentes de les découvrir. Il suffit parfois de changer d'heure, de prendre un autre chemin ou d'être accompagné par la bonne personne.

Prenons par exemple la réserve communautaire d'Anja. A priori elle est juste une étape de passage, pas plus spectaculaire qu'une autre. Pourtant, nous y allons avant le lever du soleil, avec un guide que nous connaissons bien. Les premiers rayons éclairent les falaises de granit, les lémuriens commencent à sortir et le site est encore silencieux. Ce moment n'a plus rien à voir avec une visite classique.

Finalement, ce ne sont pas seulement les lieux qui marquent, mais les circonstances dans lesquelles on les découvre ?

Émilie : Oui, complètement. Nous avons appris à nous éloigner du spectaculaire. Ce qui nous touche aujourd'hui, ce sont les moments simples, mais profondément authentiques. Une conversation qui se prolonge, un silence partagé, une lumière particulière... Ce sont souvent ces instants-là qui restent en mémoire.

Est-ce cette philosophie que vous retrouverez dans cette expédition à Madagascar ?

Émilie : Oui. L'idée n'est pas de voir le plus de choses possible, mais de vivre pleinement celles que nous avons choisies. Chaque étape a été pensée avec Continents Insolites pour laisser le temps d'observer, de rencontrer et de comprendre. Nous voulons que les voyageurs repartent avec des souvenirs qui ont du relief, pas seulement avec une collection d'images.

Madagascar autrement : voyager avec le regard de deux photographes documentaires, Thomas Cytrynowicz et Émilie Tricot
Madagascar autrement : voyager avec le regard de deux photographes documentaires, Thomas Cytrynowicz et Émilie Tricot
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Au retour d'un voyage, nous préférons

entendre "j'ai vécu" plutôt que "j'ai vu".

« Les plus beaux souvenirs de voyage ne se programment pas »

Du 19 octobre au 6 novembre 2026, Thomas et Émilie accompagneront la première expédition photographique Continents Insolites à Madagascar. Cet itinéraire mêle observation, rencontres et photographie documentaire. Une collaboration née d'une conviction commune : les plus beaux souvenirs de voyage ne se programment pas, mais les conditions qui les rendent possibles, elles, se préparent avec soin.

Qu'est-ce qui vous a donné envie d'accompagner cette expédition imaginée avec Continents Insolites ?

Émilie : C'est avant tout une vision commune du voyage. Dès les premiers échanges, nous avons compris que Continents Insolites accordait la même importance que nous au temps, aux rencontres.

Thomas : Nous ne cherchons pas à montrer le plus de choses possibles, mais à créer les conditions de vraies rencontres. Cela suppose de connaître les lieux, d'y revenir, de travailler avec des partenaires de confiance et de laisser le temps aux choses de se produire. C'est cette exigence que nous avons retrouvée dans la manière dont Continents Insolites construit ses voyages.

Quel rôle souhaitez-vous jouer auprès des voyageurs pendant ces quinze jours ?

Émilie : Nous ne venons pas uniquement pour apprendre aux participants à faire de meilleures photographies. Nous espérons surtout leur transmettre une manière d'observer. Les inviter à prendre le temps, à être curieux, à engager la conversation, à regarder autrement. Si chacun repart avec quelques images qui racontent une histoire, c'est merveilleux. Mais si, plusieurs mois après le voyage, ils pensent encore à Monsieur R., à Lydia et Clément ou à un lever de soleil à Anja, alors nous aurons atteint notre objectif.

Que promet Madagascar à ceux qui accepteront de le découvrir ainsi ?

Thomas : Madagascar est une île d'une richesse immense. Chaque région possède sa propre identité, ses paysages, ses traditions et ses façons de vivre. Mais ce qui nous touche le plus, ce sont les liens que nous avons construits au fil des années avec celles et ceux qui nous y accueillent. Nous espérons simplement les partager, et permettre aux voyageurs de découvrir une île qui ne se résume jamais à ses paysages.

Madagascar autrement : voyager avec le regard de deux photographes documentaires, Thomas Cytrynowicz et Émilie Tricot
Pierrot Men dans sa galerie à Fianarantsoa lors d'un voyage d'exploration à Madagascar avec Continents Insolites et Karai.
Madagascar autrement : voyager avec le regard de deux photographes documentaires, Thomas Cytrynowicz et Émilie Tricot

Le Questionnaire Insolite

Un livre à glisser dans sa valise ?

Émilie : L'Alchimiste, de Paulo Coelho. Je l'ai lu juste avant de partir en Mongolie et il m'a beaucoup marquée. C'est un livre sur les choix, l'intuition et les rencontres. J'y reviens régulièrement.

Thomas : Orbital, de Samantha Harvey. Une invitation à prendre de la hauteur et à regarder notre planète avec un autre regard.

Un lieu où vous retournez toujours avec plaisir ?

Thomas & Émilie : La côte ouest du Mexique. C'est là que notre histoire a commencé. Deux semaines après notre rencontre, nous nous y sommes retrouvés pour voyager ensemble. Depuis, nous y revenons avec le même plaisir.

Une rencontre que vous n'avez jamais oubliée ?

Thomas : Celle d'un entrepreneur néerlandais rencontré presque par hasard. Grâce à lui, je suis parti au Ghana, où j'ai réalisé une série photographique qui m'a ensuite conduit à rencontrer mon mentor en photographie, avant de partir en Mongolie. C'est un bon rappel que les plus beaux voyages naissent souvent d'une rencontre inattendue.

Émilie : Il serait impossible de n'en choisir qu'une seule. Ce sont plutôt des visages, des regards et des conversations qui reviennent. Chaque voyage laisse derrière lui un véritable kaléidoscope de rencontres.

Une destination qui vous intrigue encore ?

Thomas et Émilie : La Mauritanie. Nous y sommes déjà allés, mais nous avons le sentiment de n'en avoir qu'effleuré la richesse. Ses villes anciennes, ses bibliothèques du désert, son immensité... C'est un territoire qui donne envie de revenir.

Pour vous, voyager, c'est…

Thomas : Je pense souvent à cette phrase de Sylvain Tesson : « Il est plus de merveilles en ce monde que n'en peuvent contenir tous nos rêves. » Voyager, c'est partir à la découverte de ces merveilles.

Émilie : Vivre des expériences. Léonard de Vinci disait que « la sagesse est fille de l'expérience ». Le voyage nous confronte, nous apprend et nous fait grandir. Chaque départ change un peu notre manière de regarder le monde.

Madagascar autrement : voyager avec le regard de deux photographes documentaires, Thomas Cytrynowicz et Émilie Tricot
Madagascar autrement : voyager avec le regard de deux photographes documentaires, Thomas Cytrynowicz et Émilie Tricot
Madagascar autrement : voyager avec le regard de deux photographes documentaires, Thomas Cytrynowicz et Émilie Tricot